En L1, l’étude des suites demande de distinguer convergence, monotonie et comportement asymptotique. Commencez par choisir un outil : encadrement et point fixe, suites adjacentes ou développement asymptotique. Les dix exercices proposent une progression, des méthodes de preuve et plusieurs études asymptotiques.
L'essentiel à retenir
Une suite réelle (un) converge vers ℓ si, pour tout ε>0, il existe N tel que n≥N⇒∣un−ℓ∣<ε.
Toute suite croissante majorée, ou décroissante minorée, converge (théorème de convergence monotone).
Deux suites sont adjacentes si l’une croît, l’autre décroît et leur différence tend vers 0 ; elles ont alors une limite commune.
Pour une récurrence un+1=f(un), si un→ℓ et f est continue, alors ℓ=f(ℓ). Un point fixe candidat ne suffit pas à prouver la convergence.
Un équivalent un∼vn signifie un/vn→1 lorsque le quotient est défini ; un développement asymptotique donne des corrections plus précises.
Exercice 1 — Récurrence et convergence
On définit u0=0 et un+1=2+un pour n≥0.
Montrer que 0≤un≤2 pour tout n.
Montrer que (un) est croissante.
Déterminer sa limite.
Corrigé détaillé
1. Encadrement par récurrence.u0=0∈[0,2]. Si 0≤un≤2, alors 2≤2+un≤4, d’où 0≤2+un≤2. Donc un∈[0,2] pour tout n.2. Monotonie.u1=2>u0. La fonction f(x)=2+x est strictement croissante sur [0,2]. Si un+1≥un, alors un+2=f(un+1)≥f(un)=un+1. La suite est croissante.3. Limite. Croissante et majorée par 2, elle converge vers ℓ∈[0,2]. Par continuité, ℓ=2+ℓ, soit ℓ2−ℓ−2=0, donc ℓ∈{−1,2}. Comme ℓ≥0, ℓ=2.
Exercice 2 — Deux suites adjacentes
Pour n≥1, on pose un=1−n+11 et vn=1+n(n+1)1.
Déterminer les variations de (un) et de (vn).
Montrer que vn−un=n1.
En déduire leur limite commune.
Corrigé détaillé
1.un+1−un=n+11−n+21>0 : (un) croît. Le nombre n(n+1) augmente avec n, donc 1/[n(n+1)] diminue : (vn) décroît.2.vn−un=n(n+1)1+n+11=n(n+1)n+1=n1>0.3. Comme 1/n→0, les suites sont adjacentes. Leur limite commune vaut 1 (également visible sur les expressions explicites).
Exercice 3 — Comportement asymptotique
Pour n≥1, soit un=(1+n1)n.
Étudier la limite de lnun.
Déterminer limun.
Calculer n→∞limn(e−un).
Corrigé détaillé
1. Le DL ln(1+t)=t−2t2+O(t3) en t=0 donne
lnun=nln(1+n1)=1−2n1+O(n21).
Il tend vers 1.2. Par continuité de l’exponentielle, un→e.3. En exponentiant : un=eexp(−2n1+O(n−2))=e(1−2n1+O(n−2)). Ainsi e−un=2ne+O(n−2), donc n(e−un)→e/2.
Exercice 4 — Suite géométrique et seuil
On pose un=500(0,92)n. 1. Montrer que la suite est décroissante et trouver sa limite. 2. Déterminer le premier rang avec un<250. 3. Calculer Sn=∑k=0nuk et sa limite.
Corrigé détaillé
1.un+1=0,92un avec 0<0,92<1 ; la suite est positive, strictement décroissante et tend vers 0.2.un<250 équivaut à 0,92n<0,5, puis à n>ln(0,5)/ln(0,92)≈8,31 (inversion car le logarithme du quotient est négatif). Le premier rang est n=9.3. Somme géométrique : Sn=500(1−0,92n+1)/(1−0,92)=6250(1−0,92n+1). Ainsi Sn→6250.
Exercice 5 — Encadrement et limites partielles
Soit un=n+32n+(−1)n, n≥1. 1. Encadrer un. 2. Trouver sa limite par les gendarmes. 3. Étudier la convergence de n(un−2).
Corrigé détaillé
1. Comme −1≤(−1)n≤1, (2n−1)/(n+3)≤un≤(2n+1)/(n+3).2. Les deux bornes convergent vers 2, donc un→2.3.n(un−2)=n+3n((−1)n−6). Pour les rangs pairs, la limite est −5 ; pour les rangs impairs, elle est −7. Comme ces limites sont distinctes, la suite transformée ne converge pas. La convergence de un n'entraîne donc pas celle de n(un−2).
Exercice 6 — Récurrence affine
On définit u0=8 et un+1=(un+6)/3. 1. Déterminer le point fixe ℓ. 2. Étudier vn=un−ℓ. 3. Trouver un, ses variations et sa limite.
Corrigé détaillé
1.ℓ=(ℓ+6)/3 donne ℓ=3.2.vn+1=(un+6)/3−3=(un−3)/3=vn/3 ; la suite (vn) est géométrique de raison 1/3 et v0=5.3. Ainsi un=3+5/3n. La suite est strictement décroissante et minorée par 3, et sa limite est 3. On vérifie la formule au rang initial et par substitution dans la récurrence.
Exercice 7 — Suites adjacentes et invariant
Avec a0=1, b0=5, on définit an+1=(2an+bn)/3 et bn+1=(an+2bn)/3. 1. Étudier bn−an. 2. Montrer que les suites sont adjacentes. 3. Calculer leur limite commune.
Corrigé détaillé
1.bn+1−an+1=(bn−an)/3 ; comme b0−a0=4, bn−an=4/3n>0.2.an+1−an=(bn−an)/3>0 et bn+1−bn=(an−bn)/3<0. L'une croît, l'autre décroît, et leur différence tend vers zéro : elles sont adjacentes.3.an+1+bn+1=an+bn=6. Les limites étant égales, elles valent chacune 3.
Exercice 8 — Rationalisation et équivalent
Posons un=n2+3n−n pour n≥1. 1. Trouver sa limite. 2. Établir un développement à l'ordre 1/n. 3. Calculer limn(un−3/2).
Corrigé détaillé
1. En multipliant par le conjugué, un=3/(1+3/n+1), d'où un→3/2.2.1+t=1+t/2+O(t2) pour t→0, donc un=2+3/(2n)+O(n−2)3=23−8n9+O(n−2).3. Par multiplication par n, limn→∞n(un−3/2)=−9/8. L'équivalent de l'écart est −9/(8n).
Exercice 9 — Sommes harmoniques
Soit Hn=∑k=1nk1. 1. Étudier le sens de variation. 2. Regrouper les termes en blocs {2j−1+1,…,2j} et minorer la somme de chaque bloc. 3. Déduire la limite de Hn.
Corrigé détaillé
1.Hn+1−Hn=1/(n+1)>0 : Hn croît strictement.2. Dans le bloc d'indice j, il y a 2j−1 termes tous au moins égaux à 1/2j ; chaque bloc contribue au moins 1/2. Ainsi H2m≥1+m/2.3. Cette minoration tend vers +∞ ; puisque Hn est croissante, Hn→+∞. Le terme général 1/n tend pourtant vers zéro : cela ne suffit pas à assurer la convergence d'une série.
Exercice 10 — Somme télescopique et précision
Définissons un=∑k=1nk(k+1)1. 1. Décomposer les fractions. 2. Obtenir une formule fermée pour un. 3. Déterminer la limite et le plus petit entier n tel que 1−un<10−3.
Corrigé détaillé
1.k(k+1)1=k1−k+11, car (k+1)−k=1.2. Les termes intermédiaires s'annulent deux à deux : un=1−n+11.3. La suite est croissante et converge vers 1. L'inégalité 1/(n+1)<10−3 équivaut à n+1>1000, donc n≥1000. Attention : il s'agit d'une inégalité stricte.