Logique mathématique et démonstrations : exercices corrigés L1
Une grande partie des difficultés en L1 vient du passage d’une intuition à une preuve. On révise ici la négation avec quantificateurs, la récurrence et deux méthodes incontournables : contraposée et raisonnement par l’absurde.
L'essentiel à retenir
Une implication P⇒Q est fausse exactement quand P est vraie et Q fausse ; sa négation est P∧¬Q.
La contraposée de P⇒Q est ¬Q⇒¬P ; les deux propositions sont logiquement équivalentes.
Les quantificateurs s’échangent dans la négation : ¬(∀xP(x))⟺∃x¬P(x) et ¬(∃xP(x))⟺∀x¬P(x).
Une preuve par récurrence comporte initialisation, hérédité et conclusion.
Une preuve par l’absurde suppose la négation de la propriété cherchée et aboutit à une contradiction.
Exercice 1 — Négation de quantificateurs
Considérer la proposition P : « Pour tout réel x, il existe un réel y tel que y>x. »
Écrire P avec les quantificateurs.
Écrire rigoureusement sa négation.
Dire si P est vraie ou fausse.
Corrigé détaillé
1.P:∀x∈R,∃y∈R,y>x.2. Pour nier P, on inverse ∀ et ∃, puis on nie y>x. Ainsi
¬P:∃x∈R,∀y∈R,y≤x.3.P est vraie : pour tout x, le nombre y=x+1 est réel et satisfait y>x. Sa négation est donc fausse.
Exercice 2 — Récurrence sur une somme
Montrer par récurrence que, pour tout entier n≥1,
13+23+⋯+n3=(2n(n+1))2.
Corrigé détaillé
1. Initialisation. Pour n=1, le membre de gauche vaut 1 et celui de droite (1⋅2/2)2=1.2. Hérédité. Supposons la formule vraie au rang n. Alors
∑k=1n+1k3=(2n(n+1))2+(n+1)3.
Factorisons (n+1)2 :
(n+1)2(4n2+n+1)=(n+1)24(n+2)2=(2(n+1)(n+2))2.
La formule est donc vraie au rang n+1.3. Conclusion. Par récurrence, elle est vraie pour tout n≥1.
Exercice 3 — Contraposée et raisonnement par l’absurde
Prouver par contraposée que pour tout n∈Z, si n2 est pair, alors n est pair.
En déduire, par l’absurde, que 2 est irrationnel.
Corrigé détaillé
1. Contraposée. La contraposée est : si n est impair, alors n2 est impair. Écrivons n=2k+1. Alors n2=4k(k+1)+1=2(2k(k+1))+1, impair. L’implication initiale est donc démontrée.2. Supposons 2=p/q avec p∈Z, q∈N∗ et la fraction irréductible. L’égalité p2=2q2 montre que p2 est pair. D’après la question 1, p est pair : p=2k. Alors 4k2=2q2, donc q2=2k2, ce qui impose que q est pair. La fraction p/q aurait un facteur commun 2, contradiction.Ainsi 2∈/Q.
Exercice 4 — Table de vérité de l'implication
Établir la table de vérité de P⇒Q, l'exprimer avec ¬P∨Q, puis déterminer quand l'implication est fausse.
Corrigé détaillé
1. Pour (P,Q)=(V,V),(V,F),(F,V),(F,F), les valeurs de P⇒Q sont respectivement V,F,V,V. 2. Les mêmes valeurs apparaissent pour ¬P∨Q : les propositions sont équivalentes. 3. Une implication est fausse uniquement lorsque l'hypothèse est vraie et la conclusion fausse.
Exercice 5 — Négation des quantificateurs
Nier ∀x∈R,∃y∈R:y>x, puis montrer que la proposition initiale est vraie.
Corrigé détaillé
1. La négation échange ∀ et ∃, puis nie y>x en y≤x. 2. Elle s'écrit ∃x∈R,∀y∈R:y≤x. 3. L'énoncé initial est vrai : pour tout x, choisir y=x+1 donne y>x. Sa négation est donc fausse.
Exercice 6 — Contraposée et parité
Démontrer : si n2 est pair, alors n est pair, à l'aide d'une contraposée. Expliquer pourquoi la réciproque est aussi vraie.
Corrigé détaillé
1. La contraposée est « si n est impair, alors n2 est impair ». 2. Si n=2k+1, alors n2=4k(k+1)+1 est impair. L'énoncé initial est donc démontré. 3. Si n=2k est pair, n2=4k2 est pair ; la réciproque est vraie. Les deux propriétés sont équivalentes.
Exercice 7 — Récurrence géométrique
Démontrer par récurrence que pour q=1, ∑k=0nqk=(1−qn+1)/(1−q), pour tout n≥0.
Corrigé détaillé
1. Pour n=0, les deux membres valent 1. 2. Supposons la formule au rang n. En ajoutant qn+1, on obtient (1−qn+1)/(1−q)+qn+1=(1−qn+2)/(1−q). 3. C'est la formule au rang n+1 ; par récurrence elle est vraie pour tout n≥0.
Exercice 8 — Raisonnement par l'absurde
Démontrer que 3 est irrationnel. Partir d'une fraction irréductible p/q et utiliser la divisibilité par 3.
Corrigé détaillé
1. Supposons 3=p/q avec p,q entiers premiers entre eux et q>0. 2. Alors p2=3q2 ; un carré divisible par 3 vient d'un entier divisible par 3, donc p=3k. 3. On obtient 9k2=3q2, soit q2=3k2, donc q est aussi divisible par 3. Cela contredit l'irréductibilité : 3 est irrationnel.
Exercice 9 — Double implication
Montrer que pour deux ensembles A,B, A=B si et seulement si A⊆B et B⊆A.
Corrigé détaillé
1. Si A=B, chaque élément de A appartient à B, et inversement : les deux inclusions sont immédiates. 2. Supposons A⊆B et B⊆A. Pour tout x, x∈A implique x∈B ; la réciproque découle de la seconde inclusion. 3. Les ensembles ont exactement les mêmes éléments, donc A=B. Les deux sens établissent l'équivalence.
Exercice 10 — Négation d'une disjonction
Construire la négation de (P∨Q) puis justifier par les lois de De Morgan l'équivalence ¬(P∨Q)⟺(¬P∧¬Q).
Corrigé détaillé
1. Dire que « P ou Q » est faux signifie que ni P ni Q n'est vrai. 2. Cela revient à affirmer simultanément ¬P et ¬Q. 3. Par la loi de De Morgan, ¬(P∨Q)≡¬P∧¬Q. On peut confirmer cette équivalence sur les quatre valeurs de vérité possibles de (P,Q).